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Ô Luxembourg, tes artisans ont leur cœur lourd!

3.900 euros : c’est la somme qu’a offerte hier soir un acquéreur pour le sapin de Noël lumineux “Cancan” dessiné par Jean-Paul Gaultier. 600 euros: c’est le maximum durement obtenu pour un sapin en feutre dessiné ET réalisé entièrement à la main par la créatrice luxembourgeoise Carine Mertes. Nous sommes à la vente aux enchères des sapins de Noël des créateurs, 1ère édition au Luxembourg. La soirée est belle, le crémant est bien servi, les petits fours sont appétissants, mais derrière les sourires de façade, c’est la déception.

Katty et moi, faisons le même constat: les acquéreurs Luxembourgeois présents dans la salle, préfèrent acheter du Jean-Paul Gaultier, plutôt que de soutenir leurs propres artisans.

La soirée fut pourtant pleine de promesses. La vente aux enchères des 16 sapins de Noël des créateurs a permis de récolter plus de 20.000 euros (peut-être même 30.000, si j’ai bien compté) au profit de la Fondation Cancer Luxembourg. Bien qu’on ait pu remarquer une certaine déception de la part des organisateurs, qui espéraient visiblement obtenir davantage d’un pays aussi riche que le Luxembourg, on peut tout de même saluer la réactivité de la salle, pour qui, ne l’oublions pas, il s’agissait d’une première (les sapins de Noël des créateurs existent depuis 22 ans en France, mais c’était la 1ère édition luxembourgeoise).

Ce matin, je me suis réveillée groggy. J’ai le cœur lourd. Je suis triste. Triste pour nos artisans. Quelle injustice! Katty et moi on s’attendait bien sûr à ces bagarres d’enchères entre acheteurs pour des créations signées de noms mondialement connus. Mais on ne s’attendait pas à un tel abandon du côté des créateurs du Grand-Duché. Surtout quand on sait que la mise de départ était de 500 euros, et que les créations du couturier Ezri Kahn, ou de la feutrière Carine Mertes ont difficilement atteint les 600 euros, alors qu’une dame de la nation s’est offert une pyramide de rouges-à-lèvres (Christian Louboutin) pour la modique somme de… 4.000 euros. Et croyez-moi, cette différence n’a rien à voir avec le talent !

Plus qu’une injustice, c’est un comble! Comment peut-on brandir le drapeau du Branding Nation (le débat de l’année!) et espérer obtenir un rayonnement international pour son pays, si l’on n’est pas capables de soutenir nos propres concitoyens!? Imaginez, un fabricant de chaussures qui refuserait de porter ses propres confections: quel message ferait-il passer? Eh bien, que ses chaussures sont de mauvaise qualité!

Je ne suis pas Luxembourgeoise, j’ai un pied en France, et un autre au Luxembourg. J’ai travaillé pendant 15 ans et vécu 5 ans au Luxembourg, et chaque jour, je suis reconnaissante envers ce pays de me permettre de vivre entre deux cultures et de vivre tout court. Frontalière à la plaque d’immatriculation 57, j’essaie de contribuer à donner une autre image du pays voisin, un pays dans lequel je n’habite même plus et que j’aime comme s’il était le mien. Excusez ma colère, quand j’observe que certains “nationaux” en mal d’identité préfèrent admirer ce qui se fait à l’étranger au détriment de leurs propres concitoyens!

Pas plus tard que la semaine dernière, j’apportai des produits luxembourgeois chez des amis parisiens. Quand j’apporte un produit luxembourgeois à l’étranger, je me sens fière de contribuer à ce rayonnement positif, d’aller à l’encontre des idées reçues et des clichés qui circulent sur notre pays d’adoption, et je le souligne à chaque fois face à mes interlocuteurs surpris: “Eh oui, il n’y a pas que des banques au Luxembourg!”

Alors, rendez-vous l’an prochain, en espérant que les futurs acquéreurs prennent conscience de l’importance de soutenir les trésors qui se trouvent entre leurs mains.

 

 

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